interdiction du portable au lycée, l'interdiction en question





Le contexte

 

Le gouvernement souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et proscrire l’usage des téléphones portables au lycée dès la rentrée 2026, conformément au souhait exprimé par Emmanuel Macron à la mi-décembre. A cet effet, un projet de loi relatif à la protection des jeunes face aux écrans doit être discuté dès le début de l’année 2026.

Une séance supplémentaire du Conseil supérieur de l’éducation a été convoquée ce mercredi 7 janvier 2026, exclusivement consacrée à l’examen de l’article 2 du projet de loi dont l’objet est l’extension aux lycées du principe de l’interdiction de l’utilisation du téléphone mobile par les élèves. La tenue de cette séance résulte de la nécessité de disposer de l’avis du CSE pour l’examen du projet de loi par le Conseil d’État le jeudi 8 janvier 2026.

 

Que prévoit l’article 2 du projet de loi relatif à la protection des jeunes face aux écrans ?

 

L’article 2 vise à modifier l’article L511-5 du code de l’éducation afin d’étendre aux lycées le principe de l’interdiction de l’utilisation du téléphone mobile par les élèves dans l’enceinte des établissements scolaires ainsi que pendant toute activité liée aux enseignements se déroulant à l’extérieur des établissements. Il appartiendrait au règlement intérieur de l’établissement de préciser les modalités de mise en œuvre de cette interdiction, y compris les dérogations à cette interdiction en fonction de ses spécificités. Il pourrait notamment prévoir des exceptions pour tenir compte de la présence d’étudiants au sein des lycées.

 

La position de la FCPE

 

Interdire le téléphone portable au lycée pour protéger les lycéens de l’addiction aux écrans dont le lien avec la dégradation de leur santé mentale a été de nombreuses fois prouvé par des études scientifiques peut sembler, au premier abord, être une mesure de protection frappée au coin du bon sens. Et pourtant, cette nouvelle régulation des usages, pourtant déjà prévue depuis 2018, n’atteindra pas son objectif.

 

Il s’agit d’ailleurs de rappeler que l’article L511-5 du code de l’éducation contient déjà tous les éléments permettant de mettre en place une interdiction totale ou partielle de l’utilisation du portable dans un lycée : « Dans les lycées, le règlement intérieur peut interdire l'utilisation par un élève des appareils mentionnés au premier alinéa dans tout ou partie de l'enceinte de l'établissement ainsi que pendant les activités se déroulant à l'extérieur de celle-ci »

 

En pratique, nous savons cette mesure inapplicable et facilement contournable à l’occasion d’une sortie de l’établissement à l’intercours ou à la faveur d’un trou dans l’emploi du temps. Ce qui n’est pas possible dans la cour le sera quelques mètres plus loin devant l’entrée du lycée, ce qui posera par ailleurs des problèmes de sécurité (rappelons que nous sommes au niveau urgence attentat du plan Vigipirate et que les attroupements sont en principe interdits aux abords des établissements scolaires).

 

Dans un lycée, il sera difficile de gérer le fait que des lycéens majeurs ne pourront pas consulter leur portable alors que des étudiants en BTS ou en classe préparatoire le pourront.

 

Le lycée représente l’espace de la construction de l’autonomie, la construction progressive de la maturité et de l’esprit critique. Cette mesure renonce à tout cela et nie le travail pédagogique des équipes éducatives. Cette interdiction est un mauvais signal, voire une injonction contradictoire envoyée aux lycéens qui conduisent à 17 ans, sont en passe de voter aux prochaines municipales ou à la présidentielle mais ne seraient pas suffisamment matures pour réguler leurs usages numériques. Lycéens auxquels on demande de se connecter à Pronote ou à leur ENT pour faire leurs devoirs et communiquer avec leurs enseignants et l’administration. Sans compter le passage obligé par Parcoursup pour les lycéens de Terminale.

 

La FCPE est consciente que l’usage du numérique par les jeunes pose de véritables questions de société et de santé mentale. Pour cela, elle réclame des réponses de fond, et en premier lieu, la création d’un nouveau programme scolaire pour répondre au seul moyen qui convienne pour éduquer les enfants et les adolescents aux enjeux du numérique. Un programme d’éducation à la vie numérique et aux médias à imaginer et à déployer de l’école au lycée. Un programme scolaire à part entière, transversal, répondant aux enjeux de la société et visant à former les génération présentes et futures à l’usage des écrans, et non un morcellement de programme comme c’est le cas aujourd’hui.

 

L’avis des organisations

 

Les représentants des personnels, des lycéens, des collectivités territoriales soulignent à la quasi-unanimité le fait que les dispositions de 2018 suffisant et que l’interdiction de l’utilisation du portable en lycée est inapplicable. Les représentants des chefs d’établissement (SNPDEN-UNSA) mettent en avant de nombreuses bonnes pratiques mises en place localement dans les lycées, et le rôle des instances de concertation (CESCE notamment) à cet effet.

 

Les organisations déplorent l’emballement du calendrier autour de cette mesure, qui avait été annoncée le 4 décembre dernier par le ministre lui-même présent en CSE, comme une expérimentation sur la base du volontariat.

 

La FSU, comme les autres organisations, déplore l’absence de discussions. Il ne s’agit pas de nier les problématiques sanitaires et éducatives qui sont posées par la surexposition aux écrans et aux contenus numériques mais on a le sentiment que cette mesure est guidée par le seul tempo politique et ne vise qu’à afficher médiatiquement une position de principe, inapplicable sur le terrain et inutile réglementairement.

 

L’UNSA éducation dénonce également le manque de concertation des personnels et demande une évaluation de ce qui se fait en collège dans le cadre du dispositif « portable en pause ».

 

Le résultat des votes sur l’article 2 du projet de loi

 

Pour

4

Contre

60 dont FCPE

Abstention

7

Refus de vote

0

Avis défavorable

 

Les organisations décident également de travailler collectivement à la rédaction d’un vœu commun qui sera soumis au Conseil supérieur de l’éducation du 15 janvier prochain.

 

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des suites qui seront réservées à ce texte.